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Le flobart et le cheval boulonnais : quand la mer avait encore besoin des hommes

  • 17 avr.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 mai

A gauche, un flobart à Tardinghem par Jean-Pol GRANDMONT, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

A droite, un poulain Boulonnais et sa mère par Amélie Tsaag Valren, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons


Avant les ports en béton, avant les moteurs et les grues, il y avait une autre façon de vivre avec la mer. Une façon qui demandait de la force, de l'ingéniosité, et un cheval. Sur la Côte d'Opale, cette mémoire ne s'est pas tout à fait effacée. Elle résiste, portée par quelques passionnés qui refusent que certaines choses disparaissent sans avoir été vues.


Un littoral sans port : la contrainte qui a tout inventé

Pour comprendre le flobart, il faut d'abord comprendre le problème qu'il résout.

La Côte d'Opale est une côte exposée. Battue par les vents du nord, soumise à des marées parmi les plus importantes d'Europe, elle n'offre que peu d'abris naturels aux bateaux. Pas de rade protégée, pas de calanques accueillantes. Pendant des siècles, les pêcheurs de ce littoral ont dû trouver une autre solution que le port pour exercer leur métier.


Leur réponse, c'est le flobart. Une coque en bois, étroite et allongée, avec un fond plat qui lui permet de s'échouer sur le sable sans se briser. Pas de quille profonde qui s'enfoncerait dans la vase. Pas de tirant d'eau incompatible avec l'estran. Une embarcation conçue non pas pour rester à l'eau, mais pour en sortir plusieurs fois par jour, au gré des marées et des saisons.


Ce détail change tout. Le flobart n'est pas amarré dans un port entre deux sorties. Il vit sur la plage, au milieu des hommes, des femmes et des enfants qui font la même chose depuis des générations. Il est halé, retourné, réparé, repeint là où il a toujours été : sur le sable.


Le cheval qui tirait la mer

Haler un flobart chargé de poisson depuis l'eau jusqu'au haut de la plage, contre le ressac et sur un sable qui cède sous le poids c'est une affaire de muscles. Pas forcément humains.


C'est ici qu'entre en scène le cheval de trait Boulonnais, l'autre figure emblématique de ce patrimoine. Reconnaissable à sa robe claire, presque nacrée, et à sa carrure imposante, le Boulonnais est un cheval façonné par ce territoire autant que par les hommes qui l'ont élevé. Issu de croisements anciens mêlant sang oriental et robustesse nordique, il a été surnommé pendant des siècles le pur-sang des chevaux de trait.


Sur les plages de la Côte d'Opale, son rôle était de tirer les flobarts hors de l'eau à l'arrivée des pêcheurs, les remettre à la mer au départ. Ce tandem homme-cheval-bateau formait un système cohérent, parfaitement adapté à un littoral hostile, rodé sur des générations jusqu'à devenir une seconde nature.


Puis les moteurs sont arrivés. Les tracteurs ont remplacé les chevaux sur les plages. Les ports se sont agrandis, les barques sont devenues des chalutiers, et la pêche artisanale a reculé partout. Le Boulonnais, lui, a failli disparaître complètement. À la fin du XXe siècle, la race ne comptait plus que quelques centaines d'individus. Des éleveurs passionnés ont tenu bon, maintenu les lignées, refusé l'évidence d'une extinction annoncée.


La fête du flobart : un rituel qui dure

Chaque été, sur la plage de Wissant, ce patrimoine sort de sa discrétion habituelle pour être célébré collectivement. La Fête du Flobart est l'un de ces événements qui n'essaient pas de reconstituer le passé mais lui donne une nouvelle vie !


Pendant quelques jours, les flobarts colorés reprennent leur place sur le sable. Ils sont bénis, comme l'ont été ceux de leurs prédécesseurs. Ils sont mis à l'eau à la force des bras, sous les encouragements d'une foule qui comprend instinctivement ce qu'elle est en train de voir : quelque chose de rare, quelque chose qui tient debout malgré tout.

Les chevaux boulonnais sont là aussi, dans leur rôle originel, tirant sur le sable mouillé comme si un siècle n'était pas passé. Pour les voyageurs qui ne connaissent pas encore cette côte, c'est souvent un choc. On ne s'attend pas à être aussi touché par un bateau en bois et un cheval sur une plage du Nord.


En 2026, la fête se tiendra du 21 au 23 août à Wissant. 


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